Depuis 1945 et la création de l’Assurance
Maladie, les dépenses n’ont cessé d’augmenter
en s’accompagnant, de couvertures sociales croissantes.
Durant ce qu’il est convenu d’appeler « les
trente glorieuses », la croissance économique et donc
les recettes ont pû équilibrer vaille que vaille les
dépenses de soins et traitements en hospitalisation et en
Médecine Ambulatoire.
Depuis plusieurs années, le déficit
devient plus que préoccupant, au point que certains le qualifient
de « déficit abyssal ! ».
Quelles en sont les causes
?
Elles sont malheureusement multiples, bien
connues et concourent toutes à amplifier régulièrement
les dépenses :
- Au premier rang l’hospitalisation
publique(majoritaire)et l’hospitalisation privée avec
des frais de personnel aggravés par les Cotisations Sociales(Arrêt
de Travail, Maladie, Retraites, RTT,…)
- L’allongement de la durée
de vie et le coût de la prise en charge des affections
de longue durée.
- La quasi-disparition du ticket modérateur.
- Le progrès thérapeutique.
- Le coût des investigations et techniques modernes d’explorations
et d’interventions.
- Les infections nouvelles.
- Voir même l’insuffisance de la démographie médicale.
Cette dernière se traduit sur le
terrain par une difficulté d’accès aux soins,
qui peut, certes, être un avantage économique pour
les gestionnaires de l’assurance maladie, mais qui comporte
le risque d’ entraîner le corps médical, dans
une pratique fâcheuse d’augmentation du nombre d’actes
pour faire face à la demande.
L’Etat pris entre la nécessité de
respecter les normes européennes de déficit et la
nécessaire Solidarité Sociale n’a pas trouvé l’équilibre.
Il a, la plupart du temps, navigué à vue,
créé de nouvelles taxes (CSG, CRDS, Alcool, Tabac…)
et souvent simultanément étendu les prises en charge
telles que la CMU, les 100% Maladie ….
Enfin, il faut insister sur le chômage
persistant qui prive l’Assurance Maladie de recettes extrêmement
importantes provenant des Cotisations des salaries et des employeurs.
Le gouvernement devant la faillite annoncée,
va soumettre au vote du parlement une loi relative à l’Assurance
Maladie qui fera certainement l’objet de nombreux amendements.
Le projet de loi porte essentiellement sur
la Médecine Ambulatoire.
L’exposé des motifs du
projet de loi relatif à l’assurance maladie réaffirme
les principes fondamentaux qui portent :
- sur l’égalité d’accès
aux soins.
- La qualité des soins.
- La solidarité.
Le gouvernement propose une réforme
de la gouvernance de l’Assurance Maladie, de son fonctionnement
et de ses choix.
Plusieurs pistes sont initiées (
qui étaient pour certaines déjà proposées
antérieurement sans avoir été appliquées)
:
- le Dossier Médical, base
nécessaire de coordination et suivi du patient.
- L’évaluation des pratiques pour favoriser le progrès
de la qualité des soins.
L’assurance maladie devrait disposer
de pouvoirs nouveaux en matière et de politique hospitalière
et de politique du médicament.
L’Assurance Maladie devrait s’appuyer
sur un partenariat avec les organismes de couverture complémentaire.
Ces deux derniers éléments
ne sont pas encore définis.
La création de la Haute Autorité de
Santé, vise à renforcer l’évaluation
de l’utilité Médicale de l’ensemble des
actes et prestations et des produits de Santé.
C’est une autorité publique
indépendante dotée de personnalité morale.
Les Caisses Nationales d’Assurance
Maladie prépareront un projet d’orientation budgétaire
en dépenses et en recettes , ainsi que des propositions
d’éventuelles mesures nécessaires.
Pour ce qui concerne la profession Médicale
:
On revient à une maîtrise médicalisée
des dépenses de Santé plus contraignante et plus
précise que par le passé avec des Références
Médicales.
Nombre de mesures ont pour but la « chasse
aux gaspis » :
-Utilisation abusive de prescriptions
d’Arrêt de Travail ou de transport,
- Bon usage du médicament
.
Le nouveau dispositif conventionnel devrait
prévoir « un cadre facilitant la négociation ».
Elément nouveau, pour la première
fois, dans le cadre des négociations conventionnelles, il
est prévu un « droit d’opposition majoritaire » qui
vise à éviter l’adoption de dispositions conventionnelles
auxquelles serait opposée la majorité de la profession
concernée.
Mais il suffit de la signature d’une
seule Centrale Syndicale Médicale pour engager l’ensemble
des Professionnels.
La convention doit maintenant être
l’objet d’une entente avec l’Union Nationale
des Caisses d’Assurance Maladie.
Pour l’installation des professionnels,
une répartition géographique plus homogène
de l’offre de soins est envisagée, sans que soit précisé les
modalités ( avantages fiscaux…)
Un élément nouveau, « le
pilotage Régional cohérent » :
Les Médecins se verront fixer des
objectifs dans un contrat pluri annuel cohérent avec l’Union
Régionale des Caisses d’Assurance Maladie.
Quelles sont les conséquences
:
Cela nécessite une prise de conscience collective de l’ensemble
de la population appelée à contribution.
La croissance des dépenses peut elle s’infléchir ?
C’est indispensable mais l’efficacité réelle
sera lente et là encore nécessite pour tous une réelle
perception de son obligation.
Certaines dispositions sont louables, telle
que la participation de l’Etat à la prise en charge
de l’Assurance Complémentaire pour les plus modestes.
C’est une excellente mesure.
Mais il faut raison garder et agir avec
sagesse : l’annonce de 7000 CMU supplémentaires n’est
pas sans impact financier dans une période de croissance économique
molle.
Quelle sera l’attitude des professionnels
de santé ?:
Le gouvernement pour éviter « une
conduite de Grenoble » telle que celle provoquée par
la loi Juppé, veut s’assurer sinon le soutien, du
moins la neutralité de la profession.
Les professionnels sont sensibles à deux
points fondamentaux :
- Les charges considérables
qui sont les leurs dans le domaine des Cotisations sociales
diverses(Retraite, Maladie, Allocations Familiales, Impôts).
- Le travail intensif ( les 35 heures sont souvent faites en deux jours… !)
la permanence des soins, l’impossibilité de se faire remplacer,
la quasi impossibilité de cession de clientèle, la catastrophe
de la Maladie ou du Décès dans les familles.
Le deuxième aspect est le montant
des honoraires pour lesquels aucune souplesse n’est
prévue.
Nombre de spécialistes n’ont
eu aucune réévaluation depuis neuf ans pour les honoraires
et de quatorze ans pour les actes techniques.
Il y a eu simplement cette année,
un MPC ( majoration pour actes cliniques) de deux euros, non valable
pour les Gynéco-Obstétriciens, les Chirurgiens et
les Anesthésistes, et prévue seulement jusqu’au
31 décembre 2004.
Pour que le système soit viable,
il faut que les honoraires soient justes, le système actuel
pousse à l’irresponsabilité, à la multiplication
des actes.
Nous proposons pour tous les Médecins,
dans un cadre conventionnel unifié nouveau, que la
partie des honoraires à tarifs opposables donne droit aux
avantages sociaux conventionnels et la possibilité d’une
liberté tarifaire associée sans les avantages conventionnels
pour cette deuxième part d’activité.
Cette proposition de secteur unique à honoraires
librement modulables (SULM) présente l’avantage
de la clarté et de la souplesse en permettant un accès à des
soins de qualité partout dans notre pays.
Est ce trop demander à nos élus
de nous comprendre, la « Médecine aux bottes » est
une stupidité absolue?
Dr Guy LEGEAIS
Président d'honneur de la
Chambre Nationale des Professions Libérales